FOLIES BERGERE, 130 ANS D'HISTOIRE
Son échec fut total. Le surlendemain, dans Le Figaro, Fernand Nozière écrivait : “D’où sort cette espèce d’escogriffe lâché sur la scène de notre premier music-hall ? Qui a engagé ce laborieux et pénible comique pour paraître ainsi au centre de numéros de premier ordre ? Et d’une vulgarité en plus de tout cela !…”

En décembre, Chevalier joua la revue dans laquelle débutait une jeune fille de quatorze ans… Yvonne Printemps ! “C’était une gamine, encore toute la disgrâce de l’âge ingrat : maigre comme un jeune chat de gouttière, un gros nez, une grande bouche avec de jolies dents, par dessus tout des yeux câlins et charmants. Enfin, elle avait déjà cette voix incomparable” (Jacques Charles) .

En 1911, les Folies engagèrent Mistinguett pour mener la revue. Dans une scène intitulée “La Valse renversante”, Miss trouva en Chevalier le partenaire idéal. La scène se terminait par la chute du couple sur un tapis, où il continuait à s’enrouler et se dérouler tout en valsant : “Un beau jour, au cours d’une répétition de notre danse, lorsque Miss collée à moi nous nous enroulâmes dans le tapis, nous nous trouvâmes, tout naturellement et sans parler, nous avouer l’un à l’autre de la manière la plus précise qu’il n’y avait pas besoin de chercher l’amour ailleurs. Le déroulement et la sortie du tapis se firent beaucoup plus lentement qu’à l’habitude, mais personne, ce jour-là du moins, ne soupçonna que le couple Mistinguett-Chevalier venait de conclure l’entente d’un beau et long voyage” (Maurice Chevalier). Miss et Chevalier revinrent en 1912. Cette fois, le clown excentrique Grock et son partenaire Antonett étaient de la partie.

Jusqu’à la fermeture, pour cause de guerre, le 3 août 1914, les revues des Folies eurent pour vedettes-hommes de vieux briscards comiques du caf’conc’ : Claudius, le “zozotant” ; Louis Maurel, petit rond, contrastant avec le long et maigre Morton ; le Méridional Tramel ; Dorville, à l’esprit grossier ; Raimu enfin, qui sortait de la Cigale et n’était pas encore le grand Raimu.

Pendant la guerre, en l’absence de Bannel, Charles Aumont, assura un court intérim. Il rouvrit en février 1915, et donna, coup sur coup, trois revues montées à la gloire des Poilus. Bannel rentra pour l’ouverture de la saison d’hiver. Dès le printemps suivant, des différends l’opposèrent à Jules Dumien, son commanditaire. Le second, trouvant le premier trop âgé pour diriger les Folies, traita avec l’ancien chef d’orchestre Raphaèl Beretta qui, associé à Léon Volterra, venait de prendre le contrôle de l’Olympia. Mistinguett joua la revue d’inauguration du 16 avril 1916. Mais dans la suivante (15 mars 1917), Miss et Maurice firent ensemble leur rentrée parisienne. En octobre de la même année, Volterra partit de son côté, laissant Beretta seul maître à bord. C’est alors que celui-ci offrit à Paul Derval la direction artistique de l’établissement.

La guerre terminée, l’association Dumien-Beretta s’effondra. A vrai dire, les deux hommes ne s’étaient jamais entendus. Beretta, qui prétendait descendre des marquis de Casariera, ne cessait de rudoyer et d’humilier Dumien, qui ne tenait jamais compte de ses avis. Un beau jour, lassé, le financier déposa l’arrogant directeur.

Alexis Pitron d’Obigny de Ferrière dit Paul Derval venait du théâtre. Il y avait été acteur. De modestes emplois, sur des grandes scènes (Palais Royal, Vaudeville, Gymnase, Bouffes-Parisiens, etc.) l’avaient très vite incité à organiser ses propres affaires. Il s’occupait d’une entreprise de tournées lorsque Beretta lui proposa de devenir son fondé de pouvoir. Sa maîtrise, son goût du spectacle convainquirent immédiatement Dumien, qui lui confia peu après les Folies et n’eut pas à le regretter.
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