LA FEMME PUTAIN
Les femmes chez FELLINI, jouent de multiples rôles et semblent, pour la
plupart, occuper une niche dans le système vital du protagoniste masculin,
ainsi que dans ses besoins spécifiques. Au premier rang de ces femmes-là,
figurent l'objet sexuel par excellence et/ou la putain à disposition. Dans
"HUIT ET DEMI", FELLINI se retourne avec prédilection sur ses expériences
sexuelles de pré-adolescent. La rencontre du jeune Marcello avec la Saraghina
déborde d'excitation et d'un ravissement enfantin ou se mèlent cruauté
émerveillement, inquietude, frayeur et, finalement, culpabilité. Par
ailleurs, il se fait ici le fidèle echo d'une expérience masculine
apparemment universelle à l'éveil de la sexualité. Le jeune Marcello ne
parait pas vraiment comprendre pourquoi il doit être excité, mais toujours
est-il qu'il l'est! La sexualité crue, brute, de la Saraghina et la réaction
du garçon sont montrés par les virevoltes suggestives de la femme, et le choc
initial du garçon qui demeure figé, avant de sauter de Joie. Invité par la
Saraghina, à un contact plus étroit, le jeune pré-adolescent repond tour à
tour en l'approchant et en l'évitant. Pour couronner le tout, c'est l'une des
pires fatalités de l'enfance qui est decrite ici : se faire prendre en
flagrant délit par les adultes.
L'EPOUSE
L'épouse de FELLINI est une figure recurrente dans chacun de ses films
(Giulietta Masina a effectivement interpreté ce rôle dans LA STRADA). FELLINI
lui attribue les multiples fonctions qu'il attend d'elle, aussi bien que
celles qu'il préfererait ne pas voir. Au nombre desquelles, l'éducatrice, la
femme au foyer (un substitut de la mère), une créature exigeante, en attente,
partenaire d'une liaison vouée a l'échec; parfois, l'épouse joue meme le
rôle d'un être humain à part entière, ayant une vie à elle (JULIETTE DES
ESPRITS). Dans "HUIT ET DEMI", FELLINI manifeste très clairement sa vision de
la femme comme substitut maternel. C'est auprès de l'épouse-mère qu'il vient
trouver le réconfort après une periode de tension et de conflits. Ce rôle de
mère, c'est aussi un mélange d'amour et d'autorité et FELLINI trouve le
premier indispensable, et la seconde odieuse. La meilleure illustration est
le fait qu'il se dispute avec elle, hésite entre partir et revenir, et rompt,
pour finalement retourner dans son giron. Dans tous les films de FELLINI,
mari et femme connaissent d'inévitables difficultés à communiquer ou à
comprendre mutuellement leurs besoins et leurs attentes.
UN HOMME
Dans certains de ses archetypes masculins, et plus particulièrement dans
"HUIT ET DEMI", FELLINI nous révèle à la fois, la médaille et son revers.
D'un coté le stéréotype idéalisé que les hommes ont d'eux-memes : force,
virilité, puissance ; et de l'autre, des hommes prisonniers des rôles que
leur impose leur sexe. Cette image idealisée, dans le fantasme masculin, de
l'Homme-Maitre, Dominateur des Femmes, et Roi dans son Royaume, c'est
peut-être la séquence du harem de "HUIT ET DEMI" qui la symbolise le mieux.
Dans les coins sombre de l'esprit masculin, loin d'un "politiquement
correct" de façade, loin de la sincère délicatesse de l'intelligence, se
trouve le même vieux "ça" primitif, mené par le sexe, qui désire repondre
coup pour coup à toute une vie d'abandons et de domination maternelle. De
l'autre coté de la medaille, nous trouvons le Zampano de "LA STRADA"
Prisonnier de son stéréotype mâle. Fort et silencieux, viril et dominateur,
il est capable de briser des chaines avec les muscles de son torse. Pourtant
ces "vertus" le condamnent à une incapacité de communiquer, ou même de
comprendre ses propres sentiments. La douloureuse position de Zampano est une
réponse aux clichés que la société imposé aux garçons : un garçon ne pleure
pas, un garçon doit être fort, un garçon agit plus qu'il ne parle. Et à
nouveau, FELLINI touche là à une experience masculine quasi universelle.
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