L'arlésienne a toujours été la providence des directeurs de théâtre. A quoi est dû cet incroyable succès ? Au thème, sûrement. Il y aura toujours un public pour plaindre le jeune paysan Frederi qui, victime d'un envoûtement d'amour - pour une fille d'Arles qu'on ne voit jamais - en arrive a se donner la mort au grand désespoir de tous les siens. Il y aura toujours des spectateurs pour ressentir les affres de Rose Mamaï, mère douloureuse et de l'aïeul Francet Mamaï qui préférerait la mort au déshonneur d'une alliance honteuse. Toujours des spectateurs enfin, pour être touchés par ces vieux bergers pleins d'amour ou encore par cet Innocent dont le cerveau renaîtra à la lumière à la mort de son frère. Toutes ces figures sont devenues classiques, enveloppées par la musique de Bizet, elle aussi devenue populaire entre toutes. Et les rôles, admirablement construits, séduiront tous les grands acteurs.
En 1907, Antoine, le grand Antoine qui pourtant n'aime guère les mélos, réaffiche L'Arlésienne. Les fonds sont en baisse et l'argent lui servira à remonter Corneille et Shakespeare. En 1913, on fête la 500ème avec une recette de 15.982 francs (près de 250.000 francs 1996 ) La 1.000ème a lieu à l'Odéon (devenu Comédie Française "salle Luxembourg" en 1951.
Millième représentation...mais pour l'Odéon seulement. Entre temps la pièce est jouée à la Comédie Française en 1933 et tous les tourneurs promènent à travers la France, la Belgique et la Suisse cette miraculeuse Arlésienne qui fait recette.
Tous les monstres sacrés du Théâtre, toutes les "grrrrandes" tragédiennes ont voulu incarner Rose Mamaï. Après l'inoubliable créatrice, nombre de comédiennes illustres ont hurlé "être mère c'est l'enfer !". Il y a quelques années, Mary Marquet, toujours simple, imagina de réciter le "Je vous salue Marie" à la fin de la célèbre tirade !...On ne sait ce que Daudet en aurait pensé, mais ce fût un tabac. Plus récemment Joséphine Baker joua elle aussi ce rôle - à l'Olympia...et en play back !...et le public inconditionnel lui fit un sucés.
Un conseil : spectateurs apportez vos mouchoirs...Ici l'on pleure.
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