Bernadette LAFONT : ROSE MAMAI. D'abord, il y a eu ce nom prestigieux, qu'on
lui a soufflé à l'oreille : "Jean Marais". "A 14 ans déjà, j'étais amoureuse
de lui. Je n'ai osé lui avouer que beaucoup plus tard sur le tournage de
"Stanislas, agent secret" où j'avais un tout petit rôle ! Il m'a toujours
fasciné.Ensuite c'était un projet de théâtre : "ce que je préfere par dessus
tout".Et puis c'était une oeuvre de DAUDET : "j'ai une vrai passion pour cet
écrivain. Ce qu'il écrit est sublime, simple et limpide.Enfin, c'était aux
FOLIES BERGERE.: "aller à la rencontre des mythes".
Voilà...Bernadette LAFONT était plus que bien disposée...Restait à rencontrer
Roger LOURET. Premiers pas dans son univers, elle est allée applaudir "LES
Z'ANNEES ZAZOUS. Puis l'a accueilli chez elle, dans son chaleureux
appartement du Marais. "Il m'a apporté le texte de L'Arlesienne illustré par
Dubout !". Même si la Rose Mamai confinée, croquée par le célèbre
caricaturiste ne saurait être son modele, Lafont la sensible a apprecié
l'intention. Ils ont devise.... Il a dit "alors vous me dites oui ?" Elle a
répondu "tope la !" signant du même coup, plus qu'un engagement précis, une
entrée fracassante dans une nouvelle famille.
Nous ne sommes pas du même Sud ! s'amuse t'elle. L'enfant du Sud Est
(Bernadette est née a Nimes) dirigée par l'enfant du Sud Ouest....Qu'importe,
ils ont en commun la Passion...la gravite aussi, la force digne des gens du
midi. LAFONT, l'explosive "Fiancée du Pirate", l'ingénue provocatrice du
"Beau Serge", l'égerie coquine et polissonne de la Nouvelle vague, a en elle
des tresors de réserve "mon education protestante". Un cocktail detonnant
pour Rose Mamai, tout amour et pudeur à la fois. "Ce sont des sentiments
extra-ordinaires sur l'honneur, une valeur pas très en vogue en ce moment.
Des sentiments extremes, tres manichéens. "On aime une fois, pas deux...on
peut mourir d'amour...comme dans le drame antique."
On la sent heureuse de renouer avec un grand projet théâtral. Et d'avoir pu
amenager son emploi du temps pour participer à cette aventure. C'est que
Bernadette Lafont n'est pas du style à ronronner. Elle deborde de projets.
Elle a fini l'été dernier le tournage de "Généalogies d'un meurtre" de Raoul
Ruiz auprès de Catherine Deneuve et de Michel Piccoli. Autre sortie a venir
"Et pourtant, nous sommes toujours ici" d'Anne Marie Mieville, avec Aurore
Clement. Elle a enchainé telefilm sur telefilm... et surtout elle s'occupe
de son bébé : L'Atelier de création audiovisuelle et scènique qu'elle a porté
sur les fonts baptismaux en 1990 et qu'elle defend avec une énergie farouche
et un dynamisme contagieux. "Je n'ai pas l'impression d'aider parce que je
m'aide aussi beaucoup. C'est tellement enrichissant de rester en contact avec
les jeunes". Maternelle ? "Je ne suis pas particulièrement tendre avec eux,
je les remue beaucoup aussi."
Exigeante, en quelque sorte, comme elle sait l'être avec elle-même. Elle,
qui, chaque jour, se rend au studio de danse du quartier faire de la barre au
sol. Histoire de se maintenir bien sûr, mais aussi de garder cet aspect
empreint d'élégance. Comme une politesse à l'égard des autres. On a du mal à
croire qu'en Août prochain, elle fetera ses quarante ans de cinéma. Ceci
explique cela.
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