Allemand naturalisé français, juif
converti au catholicisme, voyageur infatigable, génie
musical exceptionnel, auteur de 141
opéras, il incarne au plus haut point l'esprit européen.
Il est aujourd'hui, avec Georges
Bizet, le compositeur français le
plus joué au monde.
Fils d'un cantor de la synagogue
de Cologne, Offenbach apprend le violoncelle avec sa mère
(il écrira ses premières pièces pour cet instrument).
Envoyé par son père à Paris en 1833, il est engagé l'année
suivante dans des orchestres d'opéra-comique. Ses premières
tentatives dans le domaine de l'opérette restent sans
succès , et l'on retrouve Offenbach chef d'orchestre à
la Comédie-Française, où il anime les entractes. En 1855,
il prend la direction d'un petit théâtre qu'il baptise
Les Bouffes-Parisiens,
dans lequel il connaît ses premiers succès avec des opéras-comiques
ou opéras bouffes en un acte : 24 pièces de ce style sont
écrites en 3 ans.
Il dévoile au public français
une musique inclassable,
assise sur une base profondément classique et romantique
mais traversée d'élans rythmiques inconnus jusque là,
largement inspirée des airs de caf-conç et pénétrée d'une
invention mélodique qu'aucun autre compositeur de l'époque
ne peut seulement approcher. En ce sens il est bien le
Mozart des Champs-Élysées tel que le définissait Rossini
en personne.
Dans les années 1860, Offenbach
se consacre à des oeuvres plus importantes qui assureront
sa célébrité. Il fait appel à des librettistes dont la
verve parodique se soucie peu de la vraisemblance de l'action,
et laisse libre cours à son génie
ironique et frondeur. De cette époque datent ses chefs-d'oeuvre,
écrits sur des livrets de Henri Meilhac et Daniel Halévy
: La Belle Hélène (1864), Barbe-Bleue (1866),
La Vie parisienne (1866), La Grande-duchesse
de Gerolstein (1868), La Périchole (1868).
Offenbach est alors au faîte de
sa carrière, sa renommée est considérable. La guerre de
1870 l'oblige à quitter Paris quelque temps. Il prend
à son retour la direction de la Gaîté-Lyrique
(1872) où ses oeuvres sont représentées régulièrement.
Mais le temps de l'opéra bouffe est bientôt révolu : en
1876, Offenbach, ruiné, abandonne le théâtre et entreprend
une tournée aux Etats-Unis qui lui permet de rétablir
sa situation. Dans les toutes dernières années de sa vie,
le compositeur se tourne vers un autre genre et écrit,
sur un livret des frères Barbier, une oeuvre "sérieuse"
qui sera créée en 1881 quelques mois après sa mort, et
reste l'un des chefs-d'oeuvre du XIXe siècle : Les
Contes d'Hoffmann. Œuvre lyrique "fantastique"
inclassable, Les Contes d'Hoffmann sont, avec la
Carmen de Bizet, l'opéra français le plus joué
au monde.
Le caricaturiste
génial de la société du Second Empire qui sut s'entourer
des talents propres à mettre en valeur son oeuvre (les
librettistes Henri Meilhac et Daniel Halévy, l'interprète
Hortense Schneider) apparaît comme un grand musicien qui
donna ses lettres de noblesse à l'opérette, et dont l'héritage
se prolonge jusqu'à nos jours.