Folies Bergere
EvenementielContactRenseignements pratiques

130 ans d'histoireA l'afficheLiensRéserver en ligneArchivesL'atelier des rêvesVisite virtuelle


accueil











130 ANS D'HISTOIRE
1876
1879

1876 - 1879
Inaugurées le 13 septembre 1872, les nouvelles Folies étaient dignes d'être comparées à leurs illustres aînés anglais, I'Alhambra de Londres en particulier, dont elles exploitèrent très heureusement le genre. Tous les soirs, à huit heures, se donnaient des spectacles dansés et variés. Opérettes, intermèdes, pantomimes gymnastes, ballets et tours de chant alternaient sous la direction du maître Olivier Métra "dont les cheveux crépus-grisonnants, entourant une longue physionomie exsangue caractérisée par des lèvres de mulâtre", étaient connus de tout Paris. Aux Folies, aucun espace n'était clos : pendant les représentations, le public allait et venait entre la salle et le hall, au promenoir, des groupes se formaient, discutaient, gagnaient le bar et s'asseyaient pour consommer. Mais l'attrait essentiel des Folies, celui qui, sans doute contribua le plus à établir sa nouvelle réputation, était le hall, impressionnant, décoré de plantes et de jeux d'eau qui lui donnaient l'aspect d'un jardin à l'orientale.



Autant que sur la scène, le spectacle s'y déroulait, souvent improvisé, hors les attractions, par le public qui y déambulait et les dames de petite vertu qui le hantaient. L'atmosphère de cet endroit où partout il se passait quelque chose, est restituée d'une façon saisissante par l'écrivain naturaliste Joris-Karl Huysmans dans ses "croquis parisiens" publiés en 1880 : "Le jardin, avec ses galeries du haut, ses arcades découpées en de grossières guipures de bois, avec ses losanges pleins, ses trèfles évidés, teints d'ocre rouge et or, son plafond d'étoffe à pompons et à glands, rayé de grenat et de bis, ses fausses fontaines Louvois, avec trois femmes adossées entre deux énormes soucoupes de simili bronze plantées au milieu de touffes vertes, ses allées tapissées de tables, de divans de jonc, de chaises et de comptoirs tenus par des femmes amplement grimées, ressemble tout à la fois au bouillon de la rue Montesquieu et à un bazar algérien ou turc Alhambra-Poret, Duval-Mauresque, avec une vague senteur en plus de ces estaminets-salons ouverts dans l'ancienne banlieue et ornés d'orientales colonnades et de glaces, ce théâtre, avec sa salle de spectacle dont le rouge flétri et l'or crasse jurent auprès du luxe tout battant neuf du faux jardin, est le seul endroit de Paris qui pue aussi délicieusement le maquillage des tendresses payées et les abois des corruptions qui se lassent."



Les Folies de Sari connurent un énorme succès. De grandes attractions internationales y furent présentées, dont l'acrobate américaine Leona Dare, célèbre pour sa mâchoire d'acier, et les Hanlon-Lees, clownsmimes-gymnastes-musiciens. Pour ces deux numéros, Sari fit réaliser par Jules Chéret de très belles affiches publicitaires, ainsi que pour les nombreux ballets de sa production dont la musique était dûe à Léon Vasseur, qui, en 1879 remplaça Métra à la direction d'orchestre. La "diseuse" Anna Judic parut aux Folies sous Sari, et beaucoup d'autres chanteurs.



A la fin de 1880, I'idée vint à Sari de changer le genre de son établissement pour le vouer à des concerts de grande musique. Placé sous le patronage de Gounot, Massenet, Saint-Saèns, Delibes, Joncherais et Guiraud, le Concert de Paris, nouveau titre donné aux Folies, ouvrit ses portes le 28 avril 1881. Les résultats furent catastrophiques. Un mois plus tard, les Folies revenaient à leur ancien genre. Mais Sari, à demi ruiné, avait une autre passion : le jeu ! La faillite guettait. Le 19 novembre 1885, Sari, "ce dernier d'Artagnan du boulevard" dira Yvette Guilbert, tomba.



Mises en vente le 31 août 1886 au prix de 252.000 francs, les Folies devinrent propriété de M. et Mme Allemand, un couple de limonadiers marseillais qui, I'année précédente, avait repris la Scala et s'apprêtaient à racheter l'Eldorado, donnant ainsi le coup d'envoi d'une petite révolution théâtrale. En effet, les trusts directoriaux n'existaient pas à l'époque. Seul, Ducarre possédait deux établissements, au demeurant saisonniers : les Ambassadeurs et l'Alcazar d'Été.



Les Isolas, Dufrenne-Varna, Beretta-Volterra étaient encore loin. En acquérant coup sur coup les trois plus importants music-halls de Paris, les Allemand surprirent, d'autant qu'ils ne paraissaient pas vraiment posséder les qualités requises pour exercer ces fonctions. Lui, surtout modeste, effacé, neutre, préoccupé par ses comptoirs et ses cuisines.



Mais il y avait Edouard Marchand à leurs cotés, qui venait d'épouser leur nièce. Ce Marchand, père de Léopold, le futur dramaturge, possédait à fond la "science" du music-hall. Chercheur infatigable, toujours par monts et par vaux, sur les pistes des plus sensationnelles attractions, il donna les programmes les plus extraordinaires jamais vus à Paris : les Frères Isola (illusionnistes), Nala Damajenti (charmeuse de serpents), la Troupe Zoulou (véritables Zoulous), la Famille birmane, le Kangourou boxeur, les lutteurs de Stamboul, Tom Cannon (lutteur géant), Ira Paine (tireur américain), Jack de fer (hercule), Sampson (briseur de chaînes), le Capitaine Costenténus (tatoué de trois cent vingt figures d'animaux), les Scheffers (acrobates), Cinquévalli (roi des jongleurs), les Tableaux vivants du Palace-Théâtre de Londres, Little Titch (nain transformiste anglais), les Griffiths (clowns), Baggenssen (clown excentrique). Yvette Guilbert, tomba.