Depuis que Volterra, aidé de Jacques Charles, avait rouvert
le Casino de Paris le music-hall de la rue Richer connaissait de réelles
difficultés. Sitôt entré en fonctions, Derval
arrêta son plan : ses revues, toutes écrites par Louis
Lemarchand, seraient aussi fastueuses que celles de son concurrent.
Plutôt que sur les super-vedettes, l'effort porterait sur le
faste des costumes, des décors et des effets de mise en scène.
Les troupes de girls devraient être soigneusement sélectionnées,
anglaises de préférence. De même pour les femmes
nues, condition sine qua non des spectacles des Folies : "Ah,
ces femmes nues, dira Derval, si je m'avisais de les supprimer, je
n'aurais plus qu'à fermer la boutique...". Chaque titre
de revue compterait treize lettres, chiffre désormais porte-bonheur
du lieu, et le mot "folie" ou "folies" y figurait
obligatoirement.
Le comique Bach fut le premier nom fidèle à Derval.
Entre 1919 et 1924 le créateur de la Madelon
mena sept revues. En 1920, dans L'Amour en folie,
dont la vedette féminine est Florale, le critique Gustave Fréjaville,
devant la profusion des nus, interroge : "Mais enfin, jusqu'où
prétend-on aller dans cette voie ? Une revue sans femmes nues
aurait maintenant au moins une chance de paraître originale".
En 1922, dans les Folies sur folie, Lemarchand fait
collaborer le cinéma et le music-hall.
Dans l'un des tableaux, l'américaine Jenny Golder entrait gracieusement
en crevant un écran cinématographique, "comme les
autres partenaires de Bach, on est surpris par la présence
"sérieuse" d'un Constant Rémy ou d'un Harry
Baur !"
Entre 1919 et 1930, Erté vit la grande époque
de l'Art Déco et des Années Folles, et collabore régulièrement
aux revues des Folies Bergère.
Erté est d'origine russe et, si parisien que soit son art,
il porte profondément l'empreinte de son pays natal. Il évoque
les dômes étincelants, les tapis bariolés, les
icônes ruisselantes de bijoux et les peintures hiératiques
au regard immobile ; un mélange capiteux de luxe et de barbarie,
un goût pour les couleures ardentes qui fait pressentir l'Orient,
la terre des mythes et des prodiges. L'Art d'Erté est d'une
richesse extrème. Il succombe sous les ornements et fait rever
à cette héroïne anéantie sous le poids des
bijoux... Toutes les compositions de Erté ne forment-elles
pas comme les feuilles diverses d'un précieux missel païen,
dédié au plaisir et à la fantaisie (Georges Barbier).
Erté a vraiment su résumer la démesure des Folies.
Tout est inscrit en filigranes : la folie, le monstrueux, le magnifique,
cet aspect grandiose qui sera repris d'une certaine manière
par Hollywood. (Alfredo Arias)
Ami personnel de Hélène Martini, il lui offre en 1974
pour fêter son arrivée aux FOLIES BERGERE, sa première
affiche. Souvenir de ce jour de 1962, aux Folies
Pigalle où leur rencontre pour TWIST APPEAL avait marqué
pour cet artiste, quasiment oublié, le début d'une seconde
jeunesse et d'une seconde carriére qui s'est achevée
en pleine adolescence à quatre-vingt-dix-sept ans.
En 1926, la "Perle noire" : Joséphine
Baker, est La Folie du jour. Derval, tombé en extase devant
"cette merveilleuse jeune fille, bâtie comme un Tanagra,
qui mettait le feu aux planches" du théâtre des
Champs-Elysées, l'avait immédiatement engagée.
Le moment fort du spectacle était la scène de la boule
: "Une immense boule, couverte de fleurs, descendait du cintre
lentement et venait se poser au milieu des musiciens. La boule fleurie
s'ouvrait en deux : Joséphine apparaissait alors presque nue,
sur un miroir. Elle dansait, puis la boule se refermait à nouveau
sur la glace et les câbles d'acier la remontaient lentement
dans la coupole du théâtre" (P. Derval, Folies Bergère).
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