Folies Bergere
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130 ANS D'HISTOIRE
1927
1974

1927 - 1974
Pendant que se poursuivaient les représentations de cette "Hyper-revue", Derval mena de pair les importants travaux de transformation qui allaient bouleverser l'aspect historique des Folies Bergère. "Ce fut une belle gageure. J'avais décidé de créer un deuxième balcon, de refaire les murs, les plafonds, les fondations elles-mêmes... tout cela sans interrompre les représentations. On voit au music-hall des numéros d'illusionnistes qui manipulent des boîtes s'insérant l'une dans l'autre. Ce fut exactement le procédé employé pour la réfection des Folies. Bien avant l'intervention du mot "préfabriqué", un nouveau hall et une nouvelle salle furent construit en atelier : on les apporta morceau par morceau pour couvrir les anciens murs de l'ancienne galerie. Pour la façade, nous changeâmes de méthode : un mur fut construit à l'intérieur du théâtre, puis, celui-ci terminé, on détruisit l'ancienne façade. On bâtit alors celle qui devait la remplacer et il ne resta plus qu'à supprimer le mur provisoire." (P. Derval, Folies Bergère).


Les travaux, réalisés par les architectes Piollenc et Morice, durèrent seize mois. La salle, considérablement agrandie, passa de neuf cent trente à mille sept cent cinquante places. Une petite salle de trois cents places fut ouverte en sous-sol. On construisit des vestiaires supplémentaires, des salons de repos, de correspondance, des cabines téléphoniques, etc. Le sculpteur Pico exécuta le motif de danse de la façade moderne ainsi que l'affiche "Art Déco" de la grande folie, revue d'inauguration des modernes Folies.


Du promenoir légendaire, source de tant d'émotions, fréquenté par les petites dames du quartier qui venait y faire leurs "affaires", au "jardin féerique" hanté par les mêmes solliciteuses, personnes si merveilleusement décrites par Huysmans ("Elles sont inouïes et elles sont splendides, lorsque dans l'hémicycle longeant la salle elles marchent deux à deux, poudrées et fardées, l'oeil noyé dans une estompe de bleu pâle, les lèvres cerclées d'un rouge fracassant, les seins projetés en avant sur des reins sanglés, soufflant des effluves d'opoponax qu'elles rabattent en s'éventant et auxquels se mêlent le puissant arôme de leur dessous de bras et le très fin parfum d'une fleure en train d'expirer à leur corsage."), à la façade pittoresque dressée de quatorze colonnes à chapiteaux sculptés, de verrières gigantesque et d'une multitude de carreaux en croisillons donnant à l'ensemble l'air d'une brasserie monumentale, ainsi disparurent les Folies-Sari.


Ce charme perdu, cependant, n'altéra pas leur succès. Et les hésitations des nostalgiques de la Belle Epoque furent vite bousculées par la cohorte des visiteurs nouveaux venus des quatre coins du monde.


Les revues se succédèrent. De 1928 à 1934, le nouveau comique-maison, transfuge du vieux caf'conc', s'appelle André Randall. Florelle rentre en 1932 et ouvre avec La Revue d'amour la série des spectacles écrit par Maurice Hermite, chef d'orchestre de l'établissement. En 1933, dans les Folies en folie, Miss est de retour après seize années d'infidélité : "Elle est propriété nationale. A-t-elle encore cette année sa démarche qui rappelle celle de Réjane, ses prunelles couleur de fleur de chicorée, ses longues jambes, sa denture inattaquable, son gai sourire et son regard sentimentale ?" (Colette, Le Matin). "Oui, c'est moi, me r'voilà, je m'ramène, chante Miss interrompue sur son escalier par une formidable ovation ! A cette éblouissante entrée, succède celle de son partenaire, Fernandel, seul, malheureux, sur la plus haute marche d'un escalier qui n'en compte que... trois !"


En 1936, Derval alla chercher Joséphine à New York. Ce fut, En Super-Folies, revue dans laquelle Raymond Dandy faisait ses débuts sur la scène de la rue Richer, et pour laquelle un nouveau venu, fraîchement débarqué de sa Hongrie natale, Michel Gyarmathy, dessina l'affiche. Il signera toutes les revues des Folies Bergère jusqu'en 1992.


En 1938, il y eût Rita Georg et Damia, en 1939, Jeanne Aubert puis ce fut... la guerre.


Paul et Antonia Derval fermèrent et se réfugièrent en Normandie. Les Allemands occupèrent les Folies, et manifestèrent l'intention de rouvrir avec leurs artistes. Pour gagner du temps, l'administration en place monta hâtivement, à l'économie, une revue jouée dès le 31 juillet 1940 dans le hall du théâtre, par une troupe de fortune. Après bien des démarches, Derval, de retour à Paris, obtint l'autorisation de récupérer son fauteuil, sous la condition que les programmes affichés soient d'aussi bonne qualité que par le passé.