
Il y a cinq siècles, à l'emplacement actuel du théâtre des Folies Bergère, se tenait une prairie verdoyante traversée par la Grange Batelière, rivière aujourd'hui disparue. La légende raconte qu'un moine, partagé entre sa dévotion à Dieu et son attachement prononcé aux plaisirs de Bacchus, y avait élu domicile de repos. Se sachant proche de comparaître devant son Créateur, il décida pour réparation de son péché de léguer sa propriété à l'Hospice National des Quinze-Vingt, qui en est aujourd'hui toujours propriétaire.
Pour les deux siècles qui s'en suivront, la parcelle sera dédiée comme terre de vergers et de culture maraîchère.

C'est en 1806 que s'érige le tout premier bâtiment sur le terrain, complété les années suivantes par des hangars et autres constructions diverses. Ces constructions abriteront des ateliers de menuiserie, puis de fabrication de machines à vapeur.

À l’été 1860, l’ensemble des bâtis est finalement entièrement rasé et laisse place à la construction d’une longue et vaste nef recouverte par une charpente en fer apparente et close sur la rue par une devanture en vitrage. Cet ouvrage est alors affecté à un grand magasin de literie, Les Colonnes d’Hercule.

En difficultés financières, Les Colonnes d'Hercule réduisent leur surface commerciale de moitié et louent l'arrière du bâtiment à Albert Boislève qui cherche à construire une salle de spectacle. C'est ainsi que le 2 mai 1869 naissent les Folies Bergère, offrant un concept unique entre le théâtre et le café-concert. Confortable et aérée, la salle permet à chacun de profiter du spectacle à sa manière, que ce soit assis comme dans un théâtre ou en circulant librement tout en savourant une consommation.
La jauge initiale compte 768 places assises réparties entre le rez-de-chaussée et le balcon, ainsi qu'environ 400 sièges dans l'espace café.

Sous la direction de Léon Sari, les Folies Bergère connaissent un agrandissement majeur. Le magasin de matelas, qui a fait faillite, est transformé en un majestueux jardin d'hiver ouvert sur la salle, et toute l'année. L'établissement devient une référence incontournable de la vie parisienne. L'offre artistique se diversifie avec un foisonnement de numéros allant des ballets aux numéros de dressage, en passant par des performances d'équilibristes et de musiciens virtuoses.

Une première revue de fin d’année est lancée sous le nom de "Place au Jeûne". Toutefois, la scène reste dominée par le spectacle varié et les ballets. La gestion du théâtre passe entre les mains de Marius et Sophie Allemand, secondés par Édouard Marchand.

L’introduction des premières troupes de girls marque une évolution majeure dans la mise en scène et l’émancipation des femmes sur la scène des Folies Bergère. Les Sisters Barrison figurent parmi les pionnières de ce genre.

Sous la direction des frères Isola, les Folies Bergère s’affirment comme un haut lieu du music-hall. La revue s’impose comme la signature du théâtre, mêlant ballets spectaculaires et performances excentriques, comme des combats de lutteurs géants ou des numéros d’animaux dressés.

Sous la direction de Clément Banel, le théâtre entreprend d’importants travaux : la salle est agrandie avec une augmentation de 150 places. Les Folies Bergère accueillent de grands noms du spectacle vivant. Charlie Chaplin, alors âgé de 18 ans, y fait ses débuts, et Maurice Chevalier y brille en 1909.

Mistinguett et Maurice Chevalier se produisent sur la scène des Folies Bergère, donnant à l’établissement une renommée internationale grâce à leurs performances iconiques.
Lors de la Première Guerre mondiale, les Folies Bergère durent fermer temporairement leurs portes. Bannel n’étant plus en mesure d’en assurer la direction, céda sa place à Raphaël Beretta. Sous son impulsion, les travaux d’amélioration du théâtre se poursuivent dans cette période trouble.

Paul Derval prend la direction des Folies Bergère et y restera jusqu’à sa mort en 1966. Son empreinte marquera profondément l’histoire du lieu, avec des productions toujours plus fastueuses. Sa première revue, Folies en tête, donne le ton. Dès l’année suivante, avec L’Amour en Folies, Derval s’appliquera, par superstition et attachement, à ce que les titres de ses revues comportent systématiquement 13 lettres. Cette règle, qu’il respectera durant les cinquante spectacles suivants, ne connaîtra qu’une seule entorse – et ce fut, la seule fois où le succès n'était pas au rendez-vous.

Derval entreprend une série de travaux d’amélioration de la scène des Folies Bergère. Notamment, une piscine en ciment armé de 27 000 litres d’eau est aménagée sous la scène pour permettre des tableaux encore plus spectaculaires. Elle est utilisée dans la scène finale de la revue Coeurs en Folie.

D’importants travaux métamorphosent les Folies Bergère sans qu’un seul jour de représentation ne soit annulé : pendant 16 mois, les échafaudages sont montés et démontés chaque jour, permettant à la salle de rester ouverte tout au long du chantier, une véritable prouesse technique. La capacité d’accueil passe ainsi de 920 à 1 740 places. La façade, elle, est entièrement repensée dans un style Art Déco par le sculpteur Pico, inspiré par la danseuse Lila Nikolska, vedette de la revue Un vent de folie. En parallèle, une nouvelle salle d’attractions, la Danse du Ventre, est créée sous le hall.

Après 16 mois de travaux menés sans fermeture, la salle rénovée accueille la première de la revue "La Grande Folie". L’événement est salué comme une réussite architecturale et artistique, établissant les Folies Bergère comme l’un des plus beaux music-halls du monde.

L’affichiste Gyarmathy signe l’illustration emblématique de En Super Folies, qui marque le grand retour de Joséphine Baker sur la scène des Folies Bergère. Par la suite, il deviendra un pilier de la maison, occupant tour à tour les rôles de metteur en scène, costumier, directeur technique puis directeur artistique. Il y restera jusqu’à la fin de sa vie, en 1990, marquant ainsi une aventure de plus de cinquante ans au service des Folies.
Joséphine Baker revient sur scène avec la revue "Fééries et Folies". C’est lors de ce spectacle que sont introduits les célèbres chevaux du carrousel, emblématiques du lieu.

À la disparition de Paul Derval, sa femme prend la direction du théâtre. Durant cinq décennies à la tête des Folies Bergère, Derval aura produit 29 revues, affirmant son rôle de véritable précurseur du genre. Parmi elles, Ah ! Quelle Folie restera dans les mémoires comme la revue la plus longue de l’histoire du théâtre, jouée sans interruption pendant près de six ans.

Hélène Martini, qui 25 ans auparavant avait officié comme mannequin sur la scène des Folies Bergère, reprend la direction du théâtre. Elle perpétue la tradition du music-hall qui a fait la renommée internationale du lieu et continue de confier la direction artistique des revues à Michel Gyarmathy jusqu’à son retrait en 1993.
Folie je t’adore, sa première production, tiendra l’affiche de la rue Richer durant cinq ans.

Les Folies fêtent leur cinquante millionième spectateur, soit l’équivalent de la population française de cette époque ! Toutefois les usages du public évoluent, et la concurrence avec d’autres institutions comme le Lido, le Moulin Rouge ou le Crazy Horse rend l’équilibre budgétaire de superproductions de plus en plus difficile à tenir.

Hélène Martini décide de rompre avec l’esthétique traditionnelle au profit d’une approche plus moderne. C’est ainsi que « Fous des Folies », mise en scène par l’argentin Alfredo Arias, marque un tournant visuel et scénographique et attire plus de 250 000 spectateurs. Cette renaissance du music-hall s’effectue en outre à partir d’une nouvelle structure économique où les Folies Bergère ne prennent plus le risque de production.

Le groupe Lagardère reprend les rênes du Théâtre et fait entrer les Folies Bergère dans une nouvelle ère. La programmation devient alors très riche et variée entre concerts d’artistes français (Vanessa Paradis, Benjamin Biolay, -M-, Ben Mazué) comme internationaux (Ben Harper, The Divine Comedy, Cat Power), humoristes (Alex Lutz, Elodie Poux, Fabrice Eboué), et comédies musicales ou autres grands spectacles (Jean-Paul Gaultier Fashion Freak Show, Les Choristes, The Illusionnists, les cérémonies des Molières).
Le théâtre est par ailleurs un écrin idéal pour les évènements privés d’entreprises.
FAME, La Fièvre des Années 80, Lio, Valerie Lemercier, Marianne James, CABARET, John Butler, Thomas Fersen, Les Vamps, Tindersticks, Francis Cabrel, Jean-Paul Gaultier et bien d’autres se sont succédé sur la mythique scène des Folies Bergère.
Aujourd’hui, les Folies Bergère accueillent près de 250 événements par an et continuent d’écrire leur histoire… un spectacle à la fois.